mardi 5 septembre 2017

"120 battements par minute", de Robin Campillo, un film remarquable.


« 120 battements par minute » de Robin Campillo.   
Grand Prix du Festival de Cannes 2017


Je suis allée voir « 120 battements » par minute, le film primé à Cannes. Non parce qu’il avait été primé. Tout simplement parce que j’ai regardé sa bande annonce. Et déjà, j’ai été scotchée.

Comment dire …


L’histoire ? Je n’ai pas besoin de vous la raconter, elle est sur tous les médias. Mais rapidement, c’est l’histoire des débuts d’Act Up Paris, association militante de lutte contre le Sida, mais aussi une histoire d’amour, très belle et magnifiquement interprétée.


Le film est brut, je veux dire par là qu’il montre les différentes facettes de l’association : les réunions hebdomadaires, l’organisation de leur participation à la Gay-Pride (d’où est tirée l’affiche sublime du film), bien évidemment l’activisme de l’association, la non-violence, mais aussi la maladie, l’indifférence, les traitements, la joie, la peur …

Il faut se remettre dans les années 1990. Personnellement, je n’habitais pas Paris, mais j’écoutais les infos. Et les bêtises ; je me souviens d’une maman « très bien » de l’école où je travaillais à l’époque qui m’avait branchée sur le sujet (je n’aurais jamais cru ça d’elle) : « Mais, c’est quand même un peu de leur faute, non ? – Euh, attendez, je ne comprends pas. – Et bien oui, ils l’ont cherché un peu, non ? ». Bref, je tenais à mon poste, je gardais de surcroît ses enfants, mais j’avoue que cette dame, qui me paraissait être une sainte par rapport à certaines « chipies du club » (et je reste polie) m’a ce jour-là donné envie de vomir. Et je me suis dit : « Comment peut-on ? Une telle bêtise, une telle méchanceté … Jamais, jamais, je ne dirai ça. Et mes enfants ne seront pas élevés dans la haine de l’autre, ou dans son indifférence ».

Revenons au film. J’ai pleuré. Je n’ai pas honte de le dire. Et pourtant, je sais. Comme tous. Mais j’ai pleuré. Et plus d’une fois. En sortant, la fin m’a tellement happée (je vous laisse découvrir) que mes yeux étaient bleus. Et quand mes yeux sont bleus, c’est qu’il pleut … Or, il ne pleuvait pas.

"L’industrie pharmaceutique qui traîne des pieds, ce n’est pas vrai !" Mais bien sûr que si ! Et pas que contre le Sida, d’ailleurs. Mais du Sida, on mourrait vite. Et on meurt encore.

J’ai accepté lors d’un grand malheur personnel d’être contributrice d’un projet afin que bouge cette fameuse industrie pharmaceutique. Je ne vous dirai pas le temps que cela a duré. Et les réponses que je n’ai jamais eues. Mais moi, au point où j’en étais, je pouvais attendre. Pas eux, eux n'avaient pas le temps. Ils voulaient vivre.

Les personnages sont remarquables dans leur interprétation. Tous. Les pleurs, les batailles, le militantisme, la maladie, la mort, mais aussi, le désir de vivre de cette jeunesse qui ne comprend pas, les informations qu’elle donne, même quand on ne lui demande pas. Rien n’est caché.

Le Sida a tué, et tuera encore. Ce film magnifique montre que certaines personnes ont eu du cran, les militants, mais aussi ceux qui les écoutaient ou les laissaient faire (la prof qui a dit ok, écoutez-les, bravo, j’en ai connu des comme ça). Parce qu’à l’époque, on se débarrassait du Sida simplement soit en n'en parlant pas, en n'informant pas, ou en disant : ça ne peut pas m’arriver, je ne vis pas comme eux. Ben si !

A présent, on sait. Mais les jeunes qui n’ont pas vécu les années Sida ne se protègent plus pour certains. « 120 battements par minute » est un film remarquable, qui devrait être diffusé dans les lycées. Oui, ok, il y a des scènes d’amour, mais bon, croyez-vous qu’au lycée, les jeunes ne les ont pas déjà vues (avec tout l’informatique dont ils sont entourés) ?

Et franchement, ne vaut-il pas mieux donner un message de prévention, encore et encore, plutôt que de se voiler la face et laissez mourir ?

Merci à Act-Up Paris pour son courage, car il en faut. 
Pensées à tous ces jeunes trop tôt disparus, dans l’indifférence.

Bravo pour ce film magnifique.
Il prend aux tripes.
Il aurait mérité la Palme d’Or.

Je vous le conseille.
Prenez soin de vous !

La Muse, très émue


La bande annonce (clic pour voir) : 


La standing Ovation à Cannes : "Ce film est un hommage aux gens qui sont morts, mais aussi à ceux qui ont survécus, qui ont des traitements lourds... le grand prix à la palme du coeur".



Le Président du Jury de Cannes, Pedro Almodovar, a été enthousiaste et ému par ce film "Campillo raconte l'histoire de vrais héros qui ont sauvé des vies".




La chronique des Inrocks (très bonne chronique) :