mardi 13 décembre 2016

"La vitre" Fabien Muller

Aujourd'hui, pour la Muse que je suis, est un anniversaire pas très drôle. En effet, cela fait 30 ans que j'ai perdu mon Papa. Je pense beaucoup à lui, il me manque énormément.  

Mais comme je chronique aussi, j'ai choisi (exprès, tu penses bien, ami lecteur, mais je ne te dirai pas pourquoi) "La vitre" de Fabien Muller. Si vous me permettez, je dédie cette chronique à mon Papa, parti trop tôt rejoindre les étoiles. Bisous, mon Papa adoré.



Let's go, donc, pour la chronique d'un livre surprenant, qui brise nos certitudes telle la vitre de son héroïne.

Pour écouter la chronique, il faut cliquer ici : La vitre en audio par La Muse

Pour la lire, ben c'est là :


C’est l’histoire d’Hélène, 28 ans, Hélène qui n’a pas trop le moral, et le lecteur va vite comprendre pourquoi. Née trop tôt, morte, re-née, placée en couveuse, re-morte, née donc plusieurs fois (si, si), on se demande même si elle a été désirée…

Sa vie-drame va donc se jouer pendant son enfance et son adolescence, racontée pourtant d’une telle façon qu’on en arrive à sourire : « si une ambulance passe dans le coin, cherchez pas c’est pour moi. »

Hélène a 10 ans quand elle va commencer à écrire, « fascinée que l’on puisse écrire des choses qu’on ne ressentait pas dans la vraie vie ».

Hélène traverse la vie comme elle l’a commencée, en regardant au travers d’une vitre, qui semblait la protéger parfois, et souvent pas : « je me cassais un os quelconque de l’homme dont le nom n’a été inventé que pour coller les étudiants en médecine ».

Elle travaille dans une bibliothèque, elle est « écrivain, ou plutôt écri-vaine », comme si tout ce qu’elle entreprenait était voué à l’échec. Elle fait également quelques piges pour des magazines féminins qui apparaîtront en interludes « vu de l’intérieur, c’est quand même pas terrible», avec Éric son patron, le « gourou » qui quand il parle « les femmes se taisent et les hommes acquiescent ». Hélène placera quand même deux chapitres sans numéro.

Interlude (car moi aussi, je sais faire) :

Quand on commence ce livre, et pour peu qu’on connaisse un peu l’auteur, on se dit qu’il y a mis une sacrée part de lui, mais au féminin. Mais ça, c’est juste quand on le commence. Parce que rapidement, le lecteur sera vite happé par l’excellente intrigue : ce n’est plus Fabien Muller qui écrit, c’est bien Hélène qui raconte son histoire. (fin de l’interlude).

Si jamais nous n’avions pas compris, Hélène n’est pas heureuse, et surtout, elle ne supporte pas les gens heureux. Elle ne fait que passer dans la vie, bien cachée derrière sa vitre, pour ne pas être trop vue et remarquée. Mais comme elle le précise « qui suis-je pour me juger ? ».

Et un jour, sa vie va basculer. Elle va rencontrer une petite fille. La fille de son voisin. Une petite avec de la répartie, ce qui va lui plaire, comme son voisin, d’ailleurs.

Le lecteur va ainsi écouter Hélène, dans ses péripéties, ses phases de construction, ou de reconstruction, ce passage obligé loin de cette vitre qui la protégeait, parfois.

Mais, d’un coup, la vitre va se briser, voler en éclats, en mille morceaux. Une vitrine, des bouts de verre, des pleurs, des peurs … Mais tout est si parfaitement et très subtilement emmené avec douceur ; cela ne fera qu’accentuer la violence extrême de cette brisure : « le chaos s’enroule autour de moi… mes sens me lâchent les uns après les autres ».

Hélène va devoir apprendre à survivre et pas seulement pour elle : « rien d’autre ne me retient que cette petite main dans la mienne ». Et sans faire d’effort (en tout cas, elle le pense), Helène va apprendre à (re)vivre : « donner sans attendre quoique ce soit en retour valorise l’image que j’ai de moi-même ».


Mais cette seconde partie sera étrange, ponctuée de rapports médicaux du passé, de vitres qui se brisent encore et encore… en éclats, en mille morceaux… de détresses, de découvertes, de questionnements ... Le lecteur va passer de la vie d’Hélène-dépressive à celle d’une héroïne qui va se battre pour non seulement comprendre le lourd secret que son amoureux lui a laissé mais aussi pour sauver une vie, qui n'est pas la sienne.
 

Fabien Muller signe avec « La vitre » un excellent thriller psychologique, promenant les mots au gré des pages, distillant les informations exactement au moment où le lecteur s’y attend le moins, brisant nos certitudes telle la vitre de son héroïne.

Je remercie son éditeur, Olivier Morattel, pour sa confiance et son envoi en SP, et bien évidemment, Fabien Muller, pour avoir réussi le tour de force d’écrire un thriller poignant, avec une pincée d’angoisse, une autre de rire, une troisième de courage, que j’ai eu un réel plaisir à lire.
 
"La Vitre" de Fabien Muller. Editions Olivier Morattel.